La déforestation repartie au Brésil ?

foret amazonieLes défenseurs de l’environnement ont exhorté jeudi (26/04/12) la présidente du Brésil Dilma Rousseff à mettre son veto à une loi controversée ouvrant la voie à une déforestation accrue en Amazonie, un texte embarrassant pour ce pays à deux mois du sommet Rio+20 sur le développement durable.

Les députés ont adopté à une large majorité, mercredi dans la nuit, une loi réformant le code forestier de 1965, une victoire du puissant lobby agroalimentaire après une bataille de plusieurs années avec les écologistes qui craignent la destruction de milliers de kilomètres carrés de forêt.

L’ancien texte obligeait les propriétaires terriens à conserver intacte une partie des forêts, jusqu’à 80% en Amazonie, la plus grande forêt tropicale au monde considérée comme le poumon vert de la planète.

Cette nouvelle législation, déjà entérinée par le Sénat brésilien en décembre, accorde l’amnistie aux auteurs de coupes forestières illégales et autorise l’installation d’exploitations agricoles dans les zones défrichées avant juillet 2008. Avant d’entrer en vigueur, le texte doit toutefois être approuvé par Mme Rousseff, dernier espoir pour les écologistes.

« La présidente analysera avec beaucoup de sérénité, sans animosité » la possibilité de mettre son veto au texte, au moins à certains articles, a déclaré jeudi à la presse le ministre de la Présidence, Gilberto Carvalho, un proche de Dilma Rousseff.

Celle-ci avait promis, pendant sa campagne présidentielle en 2010, de s’opposer à toute loi menaçant la lutte contre le déboisement qui, en Amazonie, a été réduit de 27.000 km2 en 2004 à un peu plus de 6.000 km2 en 2011. Avec 5 millions de km2, les forêts tropicales couvrent 60% du pays. Selon une étude de l’Université de Brasilia, la nouvelle loi pourrait se traduire par une hausse de 47% de la déforestation d’ici à 2020.

Pour le gouvernement, cette polémique est embarrassante alors que le pays sera l’hôte en juin à Rio d’un sommet devant réunir plus d’une centaine de chefs d’Etat et de gouvernement qui chercheront à poser les jalons d’une économie plus verte, associant respect de l’environnement, développement et lutte contre la pauvreté.

L’ancien ministre de l’Environnement, Marina Silva, qui avait obtenu 20 millions de suffrages à la présidentielle de 2010, a appelé les Brésiliens à se joindre à la pétition « Mets ton veto, Dilma » qui circule sur internet.

En revanche, Doca Veronez, un dirigeant de la Confédération nationale de l’agriculture, a fait valoir que la législation passée « était incompatible avec l’évolution de l’agroalimentaire brésilien » alors que le géant sud-américain est devenu une puissance agricole fortement exportatrice au point d’être parfois qualifié de « ferme du monde ».

Source : AFP du 26/04/2012