Exploitation pétrolière dans le parc des Virunga (Congo)

SOS Virunga ! Le Fonds mondial pour la nature (WWF) a lancé jeudi (26/04/12) une campagne visant à protéger de l’exploitation pétrolière cet immense parc de la région des grands lacs africains, alors que des permis ont été déjà donnés à Total et à la compagnie britannique Soco.

Créé en 1925 sous le nom de parc Albert, le parc des Virunga, dans l’est de la RDCongo, à la frontière du Rwanda, est le plus ancien parc national d’Afrique. Il couvre près de 8.000 km2, avec une biodiversité « exceptionnelle », selon l’Unesco : plus de 200 espèces de mammifères, dont les gorilles de montagne et les Okapi, qu’on ne trouve que dans cette région du monde…
Le parc des Virunga est classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979, mais depuis 1994 dans la catégorie des sites en péril, du fait de la situation conflictuelle de la région et des atteintes concomitantes à la biodiversité.

En outre, des concessions pétrolières ont été attribuées à l’été 2010 à plusieurs compagnies -Total, la Britannique Soco International, l’Italienne Eni- couvrant près de 85% de la surface du parc. A la suite des réactions internationales, Eni s’est retirée et le ministère de l’Environnement congolais a suspendu les activités et demandé une étude environnementale stratégique (EES). Les recommandations devraient être connues à la fin de l’année.

En attendant, Soco, avec l’accord du ministère, a entamé des études aéromagnétiques et gravimétriques, à l’extérieur du parc et par avion. En outre, en dépit d’engagements pris auprès de l’UNESCO, des personnels de Soco sont entrés dans le parc sous la protection de la police, selon le WWF. L’Unesco a exprimé sa « préoccupation » et des pêcheurs locaux ont publié un communiqué de protestation.

Quant à Total, il mènera ses opérations en périphérie du parc, selon les indications de WWF confirmées par la compagnie à l’AFP. Cependant, cette exploitation à proximité devrait, selon Jean-Baptiste Roelen, chargé de programme au WWF, avoir « un fort impact » sur le parc lui-même. Total précise qu’« avant d’entreprendre ses travaux d’exploration, le groupe réalisera une étude d’impact environnemental et social sur ses zones d’opération ». WWF espère de son côté que l’EES « imposera des conditions sur l’exploitation aux abords du parc ».

La campagne SOS Virunga vise à ce que les deux compagnies déclarent publiquement Virunga et tous les sites du patrimoine mondial comme une « no go zone » (zone interdite) -Shell l’a fait en 2003- et qu’elles suspendent leurs activités en attendant les résultats de l’EES. Cette étude, précise WWF, devrait poser aussi des conditions à l’exploitation des environs immédiats du parc où Total envisage de creuser.

WWF estime que les gouvernements britannique et français devraient intervenir auprès des compagnies pour les inciter à respecter la convention du patrimoine mondial de l’Unesco qui interdit les activités extractives dans les sites classés.

« Si on fait de l’exploitation pétrolière dans ce parc à haut niveau de protection, ça veut dire qu’aucun endroit de la planète ne peut être protégé« , a estimé Jean-Baptiste Roelen. « Alors même qu’on parle de plus en plus de sortir de l’énergie carbonée, on peut s’interroger sur la nécessité d’aller chercher du pétrole dans des sites du patrimoine mondial », a-t-il ajouté.

 

Source : AFP du 26/04/2012