Canons à neige ou « enneigeurs » ?

9 février 2012
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Derrière la bataille des mots, la réalité est surtout que la plupart des pistes se sont couvertes de ces dispositifs censés permettre de passer les mauvaises périodes et qui deviennent par moment la principale source de neige pour nombre de stations.

Les mots ont un sens. On disait « canons à neige », certains voudraient qu’on dise désormais « enneigeurs ». C’est plus noble. A partir d’eau sous pression et d’air comprimé, et par temps froid (température inférieure à 0°C) on fabrique de la neige, dite « de culture », ou artificielle – selon la manière dont on voit les choses.

Evidemment, les plus prosélytes sont les opérateurs ; et particulièrement Domaines skiables de France (le syndicat des exploitants de remontées mécaniques), qui a dédié un bout de site web –« la montagne en mouvement » – à l’explication de ce qu’est la neige de culture. En oubliant d’évoquer les impacts du système sur l’environnement, ou d’expliquer les risques économiques liés au développement de ces machines un peu partout sur le domaine skiable national.

Côté glisse, neige naturelle, contre neige de culture, on nous dit que c’est à peu près la même chose. Eh bien non ! Il y a une différence notable de densité entre les deux. Alors que la neige naturelle est légère (entre 50 et 100 kg/m³), la neige de culture est cinq à dix fois plus dense (400 à 500 kg/m³). Sur le sol, la neige de culture reste plus longtemps et entraîne plus d’érosion.

Il faut 1 m³ d’eau pour fabriquer 2 m³ de neige, ce qui, pour un hectare de neige fabriquée sur une épaisseur moyenne de 60 cm, nécessite 4 000 m³ d’eau, soit un peu moins de deux piscines olympiques à l’hectare ! Et cette demande augmente avec le nombre d’installations qui se déploient et le manteau de neige fabriqué qui lui aussi s’épaissit (en moyenne 70 cm l’hiver dernier).

Une retenue collinaire est une sorte de barrage d’altitude (les retenues sont d’ailleurs classées en barrages). Autrement dit, un petit lac creusé dans la montagne, totalement « étanchéifié » par des bâches, et destiné à accumuler de l’eau pendant toute la belle saison pour la restituer de novembre à la fin de la saison de ski (mars), si besoin. Ce qui n’empêche pas de la remplir plusieurs fois en hiver, quand elle est vide. Pour ce faire, les exploitants doivent respecter des réglementations et notamment ne pas pomper dans un torrent en dessous d’un débit (dit réservé, qui permet à la faune et la flore de subsister). Mais le contrôle est impossible à mettre en place. L’hiver dernier en Savoie, seuls six contrôles (sur 37 retenues collinaires) ont pu être pratiqués et deux étaient non conformes ! Les départements de Savoie et Haute-Savoie comptent au total plus de 100 retenues collinaires. Le coût moyen de production de neige de culture est estimé de l’ordre de 0,80 euro/m³, soit environ 5600 euros /hectare pour 70cm d’épaisseur de neige (énergie, frais de personnel, entretien compris – 2008).

Pour les retenues collinaires, on compte entre 20 et 30 euros par m³ de capacité de stockage (2008). Soit par exemple, jusqu’à 1,8 million d’euros pour une retenue de 60 000 m³. On peut compter que sur un forfait de 20 euros, plus de 2 euros correspondent au coût de la production de la neige de culture…

C’est un système qui est compris dans le business de la neige. Il faut limiter le risque de manque de neige, alors on fabrique la sous-couche de neige dès novembre sur la plus grande partie du domaine de ski. Sauf quand, comme cette année, il fait trop chaud : au-dessus de 0° C, les canons ne peuvent pas produire de neige. Alors, la panique s’empare des exploitants…

Source : Rue89 –Claude Comet –élue EELV Rhône-Alpes (extraits)

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